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IPv6 dans le cloud : lire, filtrer et décider

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Le premier danger d'IPv6 dans le cloud est de l'avoir activé sans le savoir : des règles de pare-feu écrites pour IPv4 ne filtrent alors que la moitié de la surface exposée. Chez les grands fournisseurs, l'activation d'IPv6 sur un réseau est en général une action explicite. Elle peut pourtant venir d'un collègue ou d'un modèle de déploiement partagé, et certains produits attribuent un préfixe d'office (un exemple suit plus bas). Cette page, destinée à qui sait déjà créer un réseau cloud, explique ce qui change avec IPv6, comment vérifier ce qui est actif chez vous et pourquoi le NAT n'a plus de raison d'être.

Le fonctionnement du protocole (annonces de routeur, autoconfiguration, diagnostic d'une panne en double pile) est traité dans la page IPv6 en pratique de la formation Réseau. Ici, on ne garde que ce qui touche la conception et le filtrage d'un réseau cloud. Les commandes d'activation propres à chaque fournisseur sortent du périmètre : elles changent d'un produit à l'autre, la documentation du vôtre fait foi.

  • Lire une adresse IPv6 sans se perdre dans les deux-points.
  • Vérifier si IPv6 est déjà actif sur vos réseaux, parfois à votre insu.
  • Comprendre pourquoi le NAT disparaît, et ce que cela change pour la sécurité.
  • Écrire des règles de filtrage qui couvrent les deux protocoles.
  • Décider s'il faut activer IPv6 sur votre projet, et à quel moment.

La leçon sur l'adressage pour le CIDR et le NAT, et celle sur la sécurité réseau pour les groupes de sécurité et les listes de contrôle d'accès.

Une adresse IPv6 tient sur 128 bits, notés en hexadécimal par groupes de quatre séparés par des deux-points. Trois règles de lecture suffisent pour ne plus être impressionné.

  1. Les zéros de tête d'un groupe se suppriment : 2001:0db8:0000:0001 s'écrit 2001:db8:0:1.
  2. La plus longue suite de groupes nuls se remplace par ::, une seule fois dans l'adresse : 2001:db8:0:0:0:0:0:10 devient 2001:db8::10.
  3. Le préfixe se note comme en IPv4, avec une barre oblique : 2001:db8:1::/64.

Le /64 est la taille standard d'un sous-réseau, et ce n'est pas une convention arbitraire : l'autoconfiguration (la machine fabrique seule son adresse à partir du préfixe que le routeur annonce) suppose que les 64 derniers bits lui sont réservés. Découper plus finement casse ce mécanisme, ce qui est la première erreur que commettent les habitués d'IPv4, tentés d'économiser des adresses.

Il n'y a rien à économiser : un seul /64 contient plus d'adresses que l'intégralité d'IPv4.

IPv6 n'est pas IPv4 avec des adresses plus longues, c'est un protocole distinct qui cohabite avec lui. Les deux tournent en parallèle sur les mêmes machines, ce qu'on appelle la double pile, et une machine peut être joignable par l'un et pas par l'autre.

IPv4IPv6
Taille de l'adresse32 bits128 bits
Adresses privées10.x, 172.16-31.x, 192.168.xadresses locales uniques en fc00::/7, dont fd00::/8 en pratique
NATomniprésent, par nécessitéinutile, chaque machine peut être publique
Attribution aux machinesDHCPautoconfiguration, ou DHCPv6
Diffusion généralebroadcastremplacé par du multicast (envoi à un groupe de machines)

La disparition du NAT est le changement qui a le plus de conséquences, et il faut le comprendre correctement : le NAT n'était pas une mesure de sécurité, c'était un contournement de la pénurie d'adresses. Il avait un effet de bord protecteur, en rendant les machines injoignables par défaut.

Avec IPv6, cet effet de bord disparaît. Une machine peut porter une adresse publique routable, et plus rien ne la protège en dehors de votre pare-feu. Ce n'est pas moins sûr, à condition que le filtrage soit réellement écrit. C'est beaucoup moins sûr si vous comptiez sans le savoir sur le NAT.

Une équipe peut découvrir IPv6 en lisant la sortie d'une commande, sans l'avoir décidé. Cela dépend du fournisseur : lisez la sortie plutôt que de la supposer. Le lab de la leçon sur les sous-réseaux en donne un exemple : la création d'un réseau privé chez Scaleway retourne un préfixe IPv6 que personne n'a demandé, car le bloc IPv6 y est toujours attribué automatiquement.

lab-public 10.20.1.0/24, fdba:fde8:9c04:f111::/64
lab-prive 10.20.11.0/24, fdba:fde8:9c04:20a4::/64

Ces préfixes commencent par fd, ce sont donc des adresses locales uniques, l'équivalent IPv6 du 10.0.0.0/8 : elles ne sont pas routables sur Internet, et ce réseau n'est donc pas exposé à Internet par ce biais. Cela ne veut pas dire « sans surface » : une adresse locale reste joignable depuis tout ce qui est relié au réseau privé (autres réseaux privés, VPN, interconnexion), et des règles écrites pour IPv4 seul la laissent non filtrée. Un préfixe global, lui, expose directement à Internet : le risque décrit plus haut s'appliquerait immédiatement.

C'est la distinction à savoir faire d'un coup d'œil, et elle tient au premier caractère de l'adresse.

Début de l'adresseNatureRoutable sur Internet
2000::/3, donc 2 ou 3adresse globaleoui
fdadresse locale uniquenon
fe80lien-local, valable sur le seul segment réseau de l'interfacenon

Chaque règle de filtrage doit exister en double tant que vous êtes en double pile. Il n'y a pas de raccourci, et l'oubli ne produit aucune erreur.

Les notations à connaître, en regard :

IntentionIPv4IPv6
Depuis n'importe où0.0.0.0/0::/0
Une machine précise203.0.113.10/322001:db8::10/128
Un sous-réseau10.20.1.0/242001:db8:1::/64

Notez que le /128 joue en IPv6 le rôle du /32 en IPv4 : il désigne une seule adresse.

La réponse honnête dépend de qui vous servez, et elle n'est pas « oui » par principe.

Activez-le si vous exposez un service au grand public, en particulier mobile : certains opérateurs mobiles fonctionnent en IPv6 avec traduction vers IPv4, et un accès IPv6 direct évite à ces visiteurs cette étape de traduction.

Un argument de coût joue aussi : AWS facture chaque adresse IPv4 publique depuis le 1er février 2024, y compris celles qui ne servent à rien. Une machine joignable en IPv6 évite d'en consommer une de plus.

Reportez-le si vous construisez une infrastructure interne et que votre équipe débute : la double pile double la surface de configuration, donc le nombre d'erreurs possibles, et le bénéfice est nul si personne ne vous joint en IPv6.

Dans tous les cas, ne le laissez pas actif sans le savoir. Le pire état est celui où IPv6 fonctionne, où personne ne l'a décidé, et où le filtrage ne le couvre pas. Décidez, puis appliquez votre décision explicitement, dans un sens comme dans l'autre.

  • Un /64 par sous-réseau : découper plus finement casse l'autoconfiguration, et il n'y a rien à économiser.
  • Le NAT disparaît, et avec lui l'isolement gratuit dont beaucoup d'architectures dépendaient sans le dire.
  • Le premier caractère dit tout : 2 ou 3 pour une adresse routable, fd pour une adresse locale, fe80 pour un lien-local.
  • Une règle IPv4 ne filtre aucun trafic IPv6. Tant que la double pile est active, chaque règle doit exister en double.
  • ::/0 est l'équivalent de 0.0.0.0/0, et /128 celui de /32.
  • Testez l'adresse elle-même avec curl -4 puis curl -6, depuis un hôte qui a une connectivité IPv6 : par un nom sans AAAA, l'échec vient de la résolution, pas du filtrage.
  • Décidez de l'état d'IPv6 : activé ou désactivé explicitement, jamais laissé au hasard.

Six questions tirées sur huit : lire une adresse IPv6, la fin du NAT, le double filtrage et la décision d'activer ou non.

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6 questions
6 min.
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  • Vous pouvez naviguer entre les questions
  • Les résultats détaillés sont affichés à la fin

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