Lire la plateforme qui exécute une application : hyperviseur, runtime, orchestrateur et serverless, plans de contrôle et de données, pannes et responsabilités.
L’issue s’ouvre déjà remplie avec le titre et l’adresse de cette page.
Une plateforme d'exécution n'est pas un service que l'application appelle :
c'est ce sur quoi elle tourne, qui la lance, la surveille et la relance.
Elle s'empile en couches : un hyperviseur découpe une machine en machines
virtuelles, un runtime lance des conteneurs, un orchestrateur décide
où les placer, et le serverless cache le tout derrière une fonction
appelée à la demande. Cette leçon apprend à situer ces couches, à séparer
leur plan de contrôle de leur plan de données, et à prédire ce que devient la
boutique quand l'un ou l'autre tombe.
La boutique appelle PostgreSQL ; elle n'appelle pas Kubernetes, elle vit
dedans : la base est un service consommé, l'orchestrateur est une plateforme
d'exécution. La différence change la lecture des pannes. La panne d'un
service consommé se voit dans les erreurs de l'application, qui ne trouve
plus sa base. La panne d'une plateforme ne se voit pas forcément dans
l'application : elle continue de tourner, mais plus personne ne peut la
déployer, la déplacer ni la relancer.
C'est pourquoi la V4 du fil rouge dessine l'application à l'intérieur de
la plateforme, et non à côté d'elle. Le premier module a donné le
vocabulaire : le plan de données sert le trafic, le plan de contrôle
décide et modifie. Une plateforme d'exécution est l'endroit où les deux se
séparent le plus nettement.
Hyperviseur, runtime, orchestrateur, serverless : quelle couche fait quoi ?
Chaque couche exécute la suivante : l'hyperviseur exécute des machines
virtuelles, le runtime des conteneurs, l'orchestrateur décide sur quelle
machine lancer chaque conteneur, et le serverless lance une fonction à
chaque appel. Les couches se cumulent souvent : un cluster Kubernetes tourne
sur des machines virtuelles, elles-mêmes sur un hyperviseur. Le tableau
les distingue par ce qu'elles exécutent et par ce qu'elles isolent.
La ligne d'isolation compte pour la confiance. Deux conteneurs d'une même
machine partagent son noyau : une faille du noyau les expose l'un à l'autre.
Deux machines virtuelles ont chacune le leur. C'est pourquoi des clients qui
ne se font pas confiance sont séparés par des machines virtuelles, et non
seulement par des conteneurs.
Plan de contrôle et plan de données d'un orchestrateur
Dans un orchestrateur, le plan de contrôle garde l'état voulu du cluster et
décide où placer chaque copie ; le plan de données est fait des nœuds qui
exécutent réellement les copies et servent le trafic. Sur chaque nœud,
un agent reçoit les consignes et demande au runtime de lancer les conteneurs.
Le schéma montre les deux plans de la boutique.
Les deux plans d'un orchestrateur : le trafic ne traverse jamais le plan de contrôle.Source · SVG
Le trait rouge ne passe jamais par le plan de contrôle : les requêtes des
clients vont directement aux copies. C'est le fait le plus utile du schéma,
parce qu'il dit que les deux plans peuvent tomber séparément, avec des
conséquences opposées. L'état du cluster, ici en cylindre, est le magasin
etcd de la leçon DNS, temps et découverte, avec son quorum.
Que se passe-t-il quand l'un des deux plans tombe ?
Plan de contrôle en panne : la boutique continue de servir, mais rien ne
peut plus changer ni se réparer ; nœud en panne : ses copies disparaissent,
et le plan de contrôle les relance ailleurs s'il fonctionne. Le premier cas
est trompeur, parce que tout semble aller bien. Un déploiement est refusé,
une copie qui plante n'est pas relancée, la montée en charge automatique ne
réagit plus. La plateforme est figée dans son dernier état.
Le second cas est celui pour lequel l'orchestrateur existe : il constate que
les copies du nœud perdu manquent, et en lance de nouvelles sur les nœuds
restants. Encore faut-il que ces nœuds aient la capacité de les accueillir,
que le registre fournisse l'image, et que les copies soient réparties sur
plusieurs nœuds dès le départ. Deux copies sur le même nœud, ou deux nœuds
sur le même hyperviseur, partagent le même domaine de panne.
Le serverless confie toute la plateforme au fournisseur : l'équipe ne livre
qu'une fonction, lancée à chaque appel et facturée à l'usage, et ne voit plus
ni machine, ni nœud, ni orchestrateur. La boutique pourrait l'utiliser pour
redimensionner les images de ses produits : la fonction ne coûte rien entre
deux dépôts, et le fournisseur absorbe un pic de mille images.
Le prix se lit en trois points. Une fonction qui n'a pas servi depuis un
moment doit d'abord être chargée : c'est le démarrage à froid, qui ajoute
de la latence au premier appel. Les fonctions ont des limites de durée et de
mémoire, qui les réservent aux traitements courts. Et la plateforme
devient entièrement celle du fournisseur, avec ses API propres : en sortir
coûte une réécriture.
Une plateforme d'exécution porte peu de données métier, mais elle porte
l'état voulu de tout ce qui tourne, et sa perte oblige à tout redéclarer.
Le tableau applique la grille à un orchestrateur. La ligne responsabilité
compte autant que les autres : le modèle d'exécution choisi décide de qui
répond de chaque couche, du matériel au code.
Question de la grille
Ce qu'il faut regarder
État porté
l'état voulu du cluster (etcd) ; rien de métier sur les nœuds, s'ils sont sans état
À sauvegarder
etcd, et surtout les manifestes en code versionné, d'où tout se redéclare
S'il tombe
plan de contrôle : figé ; nœud : copies relancées ailleurs
Responsabilité
VM : tout au-dessus de l'hyperviseur ; Kubernetes managé : les nœuds et au-dessus ; serverless : le code seul
Signal à surveiller
santé du plan de contrôle, nœuds prêts, copies en attente de placement
La boutique tourne en deux copies sur un orchestrateur, réparties sur deux
nœuds dans deux zones, et un nœud perdu est remplacé sans intervention. Sur
la V4 du fil rouge, la plateforme d'exécution englobe l'application et
tire son image du registre. Le tableau pose le compromis.
Ce qu'on gagne
Ce qu'on paie
des copies relancées seules après la perte d'un nœud
un plan de contrôle à rendre disponible, avec son quorum
des déploiements sans interruption
une plateforme complexe, à mettre à jour plusieurs fois par an
une montée en charge automatique
une capacité de réserve sur les nœuds pour accueillir les copies
un même socle pour toutes les applications
un domaine de panne partagé par toutes ces applications
Glissez pour voir
La dernière ligne est le revers de la mutualisation. Une erreur sur la
plateforme, une mise à jour ratée, un quorum perdu, touche toutes les
applications qu'elle porte en même temps. Le choix d'un orchestrateur
managé transfère la disponibilité du plan de contrôle au fournisseur, mais
laisse à l'équipe la capacité, la répartition des copies et les mises à
jour de ses nœuds.
Qui prend le relais pour installer une plateforme d'exécution ?
Cette leçon décrit le rôle architectural de ces couches ; leur
installation et leur exploitation relèvent des formations spécialisées du
site. Le guide Control Plane Kubernetes
détaille l'API, etcd et l'ordonnanceur ;
Découverte de l'orchestration présente
les orchestrateurs. Mutualisation et isolation
compare machines virtuelles et conteneurs, Serverless
explique le démarrage à froid, et
Responsabilités partagées
répartit les responsabilités couche par couche.
Une plateforme exécute l'application ; un service est consommé par
elle.
Hyperviseur, runtime, orchestrateur, serverless : chaque couche exécute la
suivante.
Le trafic ne traverse jamais le plan de contrôle.
Plan de contrôle en panne : tout tourne, rien ne change ni ne se répare.
Nœud en panne : relance ailleurs, si capacité, image et répartition.
Le modèle d'exécution décide de qui répond de chaque couche.
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